Mardi 24 juin 2008
2
24
/06
/Juin
/2008
10:32
Je vois. Du moins, peut-être ais-je
vu, et compris.
Agressée. La réalité me frappe à la tête, je vacille au sol, éperdue. Un, puis deux autres coups fusent. Je sens une côte se briser, mes muscles hurler. Le
tranchant de sa main m'atterrit en travers du ventre. J'ai le souffle coupé, les yeux brouillés par les larmes, qui ont
jaillit aussi vite que ses uppercuts. Un temps. Les assauts ont cessé.
Une de mes mains se posent sur la Terre, la gauche. L'autre sur ma tête. De la gauche, je sens les vibrations imperceptibles de mon cœur, liées à celles du sol. De la moiteur de l'organe terrestre. Pour ma droite,
c'est un silence assourdissant, celui qui reste la conséquence suffisante engendrée par les à coups. Je ferme mon poing gauche, celui de ma raison, celui de mes choix, sur l'infini de la Terre, sous moi. Qui me porte, et m'aurait portée même roulante au sol. Tout cesse de
tourner, et mon sourire perle entre les gouttes de sang. Je sais que je ne verrais rien, alors je n'ouvre plus les yeux. Peu importe, je n'en ai pas besoin. Je lève la tête.
Cette fois, c'est la vérité qui me frappe.
Je suis prête.
Elle prend des traits enfantins, plus diaboliques. Enfin, adolescents. Mes sens restants me dessinent la Vérité à l'oreille, sans la Vue, ils colorent ses contours sans les apercevoir,
n'utilisant que leur Instinct propre. La clarté des ténèbres m'apparaît : ainsi, m'a-t-on trompée ? Je reçois d'autres bribes de la Vérité, postée
face à moi, les bras croisés jusqu'alors. C'est comme si mes espoirs de tous les jours se voyaient briser. Ma confiance en l'Autre était décapitée, devant mes
yeux aveugles. Je vois le Mensonge, à travers la Vérité. Le Mensonge omniprésent finalement, comme on dit, qui marche à mes côtés. Tout cela aurait
terrassé de vérité un autre. Mais pas moi. Plus moi. Je me suis déjà faite avoir : par derrière la Réalité m'a fumée.
Sauf que cette fois, bien roulée ou non, ma Conviction l'emportera. Je vais régler mes comptes, une bonne fois pour toute, et l'on s'en voudra. On s'en voudra, de m'avoir trahie, et menti.
Fichée, en appui sur ma jambe arrière, je tend tout mon corps vers l'avant, prêt
à l'affront. L'œil de la Vérité luit alors d'une lumière divine, éclairé par un bref rayon véridique. Elle saute. La puissance accumulée dans son pied
droit, proportionnelle à la hauteur de son saut, m'aurait défigurée. Je ne bouge pas. La tête toujours droite, sans prêter attention à cet être blanc de
vérité dansant au dessus de moi. Plus que quelques instants... Je roule à terre, tourne sur moi-même, plus rapide que le choc d'une vérité tranchante, puis lance ma jambe en un
éclair, tourbillonnante. Elle fauche la Vérité, qui chute. Je la regarde, les paupières percées par son éclat. Elle est morte, tuée par son propre
Orgueil.
Je ne tremble plus, tout le poids de mon corps s'équilibre, pour se fondre avec la Nature qui m'entoure. Je ne distingue plus que le silence, baignant mon âme de sérénité. J'ai fait mon choix. Je retourne à la
Source, seule et solitaire. On m'a menti. Méfie-toi, je défie les hommes, de m'usurper ma stupide foi, de nouveau. J'ai les moyens de leur faire manger la
Poussière.